La grange monastique de Galinières

Dominant les méandres de la vallée de la Serre, le château de Galinières, ancienne grange monastique cistercienne de l’abbaye de Bonneval, figure parmi les grands domaines agricoles cisterciens dans la France du Moyen-âge et les beaux témoins de l’organisation et de la puissance foncière des moines cisterciens dans l’ancien Rouergue.

Les origines de l'ordre cistercien. Il y a 900 ans, en réaction à l'apparat de l'ordre clunisien, un moine Robert de Molesmes, décide de revenir à une application stricte de la règle de Saint-Benoît. Il fonde le monastère de Cîteaux d'où naîtra un grand mouvement de renouveau spirituel dont Saint-Bernard (1115-1153) sera la figure de proue. Les moines cisterciens, unis dans la simplicité et l'observation de la règle retrouvée dans toute sa vigueur, mènent une vie de prière et de travail. Les taches sont manuelles et le travail de la terre est une donnée fondamentale de la Règle cistercienne.

L'économie cistercienne, les granges. Les moines cultivent eux-mêmes les champs autour de leur abbaye, contrairement au système de faire-valoir indirect en usage au Moyen-Âge. A partir de cette première installation, souvent modeste, les domaines exploités par l'abbaye s'accroissent au fil des années, grâce aux donations. Ainsi, l'abbaye cistercienne se dote d'un capital foncier très important (ex: Bonneval, plus de 10 000 ha), comportant des granges surveillées et administrées par des équipes de convers, parmi lesquels chaque maître de grange est nommé par l'abbé pour diriger les convers et les mercenarii (ouvriers salariés). L'ensemble des granges est placé sous la responsabilité du cellérier de l'abbaye..

Les connaissances poussées des cisterciens en matière d'agronomie, de sylviculture, d'élevage, de pisciculture et d'hydraulique leurs permettent de développer une activité économique très variée. Ils construisent, cultivent, forgent, extraient le sel, défrichent, mettent en valeur les terroirs, etc. et ceci dans l'Europe entière, au XIIe et XIIIe siècle

Quelques notes d’histoire de Galinières……

 

1147 Sous la haute protection des familles d’Anduze et de Calmont, des moines cisterciens, venus de l’abbaye de Mazan, fondent l’abbaye de Bonneval, sœur des abbayes du Thoronet, de Senanque et de Sylvacane.

1163-1181 La grange de Galinières est formée à partir des donations effectuées par ces familles et les évêques de Rodez

fin XIIe Bonneval renforce son activité économique et sa richesse foncière, en constituant définitivement la grange en un vaste quadrilatère monolithique, véritable monopole foncier. Galinières devient la plus importante des 15 granges de l’abbaye réparties entre le Cantal, l’Aveyron, la Lozère et le Gard.

1370 Durant la guerre de cent ans, les fortifications de Galinières sont renforcées. Galinières prend l’allure d’une forteresse : construction des enceintes et des autres tours, élévation du donjon avec l’ajout des créneaux.

1473 L'abbaye de Bonneval est mise en Commende. Galinières devient une résidence abbatiale avec Guy de Castelnau-Bretenoux, 1er abbé commendataire, et un lieu privilégié pour les négociations.

1524 L'Evêque François d''Estaing bénit en grande pompe l’élection d'un abbé régulier, dans la chapelle St Blaise de Galinières.

1576 Guerres de religion. Les Etats généraux du Rouergue se réunissent à Galinières pour négocier la réddition du château de Loupiac par les Huguenots.

1585-1588 Galinières est attaqué par les Huguenots. Le saccage et le pillage de la grange sont organisés.

XVIIe La grange est affermée à des laïcs. Les abbés délaissent la gestion et la surveillance de l’abbaye de Bonneval et de ses domaines.

1791 Vente de Galinières comme Bien National. Les enchères atteignent un montant exceptionnel. Le domaine est morcelé en huit parties.

XIXe Galinières tombe dans l’oubli et ses bâtiments les plus anciens se ruinent. Certains seront détruits. Le site n’est plus qu’un riche mais simple hameau agricole. Les bâtiments sont morcelés en plusieurs propriétés.

1928 Après la destruction de l’enceinte et des bâtiments, face sud, par un incendie en 1921, le château est inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques.

1982 M. et Mme Denoual achètent le donjon et débutent les travaux de confortation et de restauration.

1988 Obtention du classement Monument Historique du château.

1992 Le donjon ouvre ses portes à la visite.

  1. Adhésion du site à la Charte Européenne des Abbayes et des sites cisterciens.

Quelques compléments d’informations

Dans les ouvrages contemporains et plus anciens traitant de Galinières, des erreurs ont été écrites par leurs auteurs et qu’il convient de rectifier.

1°) Contrairement à ce que Jacques Miquel soutient dans sa thèse, le donjon n’était pas couronné d’une galerie en bois, mais d’un chemin de ronde couvert, comportant créneaux, machicoulis et 4 tourelles d’angle entièrement en pierres.

2°) Galinières n’était pas un poulailler. C’est en se réfèrant à la racine étymologique du nom Galinières, c’est à dire GAL, que leurs auteurs affirment cette théorie. A l’origine, c’est à dire au XIIè siècle, on parlait de la grange de Pérols et très vite on voit apparaître le nom de Galinières. Il y a deux théories possibles quant à l’origine du nom :

    • soit, on fait référence à un toponyme ancien dénommant le lieu, du style emblème gaulois " le COQ " et c’est la version qui me semblait la plus appropriée il y a encore quelques années.
    • soit, le coq bien représenté à Galinières, mais aussi à Bonneval, aurait été tout simplement les armes d’un certain abbé de Bonneval originaire de Gaillac (Tarn), personnage qui aurait joué un rôle important dans la lutte de l’église catholique contre les mouvements hérétiques, surtout quand on sait qu’un abbé de Bonneval avait été missionné par le Pape pour participer activement avec Guy de Castelnau à la croisade contre les Albigeois. Il faut savoir en outre, que la plupart des abbés de Bonneval étaient pratiquement tous issus de la grande famille de Calmont-Castelnau. C’est la version pour laquelle j’opterais aujourd’hui plus volontiers.
    • que l’on y pratiquait la polyculture et notamment l’élevage. Les blés si souvent cités étaient tout simplement produits comme dans les autres domaines implantés sur le causse, mais en plus grande quantité car le domaine exploitait un patrimoine de plus 1000 ha parmi lesquels un certain nombre était propice à la culture des céréales.

3°) Galinières était plus qu’un domaine d’exploitation agricole. On voit que des tractations de tous ordres se font de préférence à Galinières qui est devenu très vite le fleuron et la référence des possessions de l’abbaye. J’y voit là un lieu, le siège de la gestion du temporel de l’abbaye dans cette partie du Rouergue qui, ainsi ne mélangeait pas l’activité spirituelle et le temporel avec toutes ses implications matérielles politiques et commerciales.



  




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